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LA PAPETERIE JOSEPH BARDOU "LE NIL"

 

 

Avant de redonner la parole, à Monsieur Peaucelle nous devons faire notre méaculpa. Longtemps, bien des gardouniers ont cru, à tort, que l'appellation "Le Nil" était tout simplement l'invention du mot lin, matière première qui entrait dans la composition du papier. Au fil de l'évocation que nous empruntons aux "Fumées du Nil", nous aurons sa justification. Voici dans son intégralité l'historique de Bardou rédigé par Monsieur Peaucelle. Le Nil, "immense fleuve de l'Afrique orientale qui se jette dans la Mer Méditerranée par plusieurs embouchures sur la côte d'Egypte". (Grand dictionnaire universel du XIXe siècle Larousse 1865). Le Nil marque de papier à cigarettes déposée le vendredi 13 mai 1887 au Tribunal de Commerce de Perpignan par J. Bardou. Supplétif placé sans l'appellation de la Société des papiers à cigarettes "Le Nil" J. Bardou et Fils, société créée en 1924 ayant son siège à Angoulême 134 rue de Bordeaux. "Le Nil, toponyme utilisé couramment à Angoulême pour désigner la partie rive gauche du faubourg Saint Cybard de cette ville.

 

Les papeteries Joseph Bardou "Le Nil" ont leur origine à Perpignan dans les années 1830-1840. De Jean Bardou ou de Joseph Bardou, son fils, nous ne savons pas précisément lequel eut l'idée, le premier, de proposer au fumeur du papier à cigarettes livré au format de la cigarette, sous forme de bloc ou de cahiers souples. Les certitudes sont les suivantes : Jean Bardou crée la marque de papier à cigarettes "J.B" vers 1845. Celle-ci devient, par transformation du point situé entre le "J" et le "B" un losange puis un "O", le "JOB". L'atelier créé par Jean Bardou se développe et la production devient très importante. Son fils, Pierre, prend sa succession après sa mort en 1852. Les descendants de J Bardou prennent alors le patronyme de "Bardou Job" et exploiteront la marque qui se perpétue encore actuellement. Joseph Bardou, fabricant et marchand de casquettes en 1848, crée à l'instar de son père, un atelier de façonnage de papier à cigarettes en 1849. Tout comme celui de son père, il se développe.

 

Salle des machines à enchevêtrer. Machine à encadrer.

Salle des machines à enchevêtrer.

Salle des machines à enchevêtrer.

 

Les marques créées par Joseph Bardou portent son nom : "Papier Bardou" "Riz Bardou", etc., et sa signature "JH Bardou" pour les distinguer de celle de son père, puis de son frère. Dès 1855, JH Bardou obtient des récompenses pour la qualité de ses papiers à cigarettes, appelés également "papiers hygiéniques" ! Le développement de l'entreprise est important, fournissant en France et dans de nombreux pays étrangers son papier sous toutes formes : bobines, rames, feuilles, blocs et cahiers. Il fabrique et "lithographie" lui-même ses cahiers. Vers 1880, la papeterie JH Bardou fait fabriquer son papier notamment par Lucien Lacroix à Cothiers (La Couronne) et par Adolphe Lacroix à la papeterie du petit Montbron (Angoulême). Eugène Bardou, qui a pris la succession de son père, créé en 1885 une société en commandité où Adolphe Lacroix figure parmi les commanditaires. A partir de cette date, la papeterie JH Bardou et fils précise qu'elle possède une usine à Angoulême

Les registres de la papeterie JH Bardou des années 1870-1880 attestent qu'une part de la production de papiers à cigarettes est expédiée en grande quantité vers le Moyen-Orient et en particulier en Egypte. C'est sans doute une des raisons qui provoque l'idée de donner le nom de "Nil" à une des marques de papier. En effet, cette marque est déposée le vendredi 13 mai 1887 au Tribunal de Commerce de Perpignan. Ce nouveau produit est "lancé" avec une iconographie publicitaire orientaliste où paraissent sphinx, pyramides, palmiers et le célèbre éléphant. Cet éléphant qui est l'image de marque de la papeterie et d'un des produits, "Le Nil", est "redessiné" par le célèbre affichiste Léonetto Cappiello (1875-1942) en 1912. Dès lors, tous les fumeurs avisés ne fument que "Le Nil"... et le tabac des autres. Même Napoléon est représenté, sur une affiche signée "Dellepiane" (circa 1895) et ordonne à ses soldats de ne fumer que "Le Nil"...

 

Adolphe Lacroix, associé d'Eugène Bardou, transfert son activité de fabrication de papier à cigarettes du Petit Montbron à la papeterie de St Cybard à Angoulême en 1901. Cette association dure jusqu'en 1910.
 

Entre 1910 et 1919, La papeterie de St Cybard est fermée. Mais, dès 1914, des travaux de réaménagements sont entrepris, sous la direction d'Edouard Broussaud. Si Edouard Broussaud n'apparaît dans la création d'une Société Bardou, Broussaud, Bonfils qu'en 1919, il a eu, dès 1890, une activité papetière.
 

Edouard Broussaud (1870-1946) s'initie à la papeterie sous la direction de Lucien Lacroix à Cothiers (La Couronne) et à Veuze (Magnac-sur-touvre) entre 1890-1902. Il crée son propre atelier de façonnage de papier à cigarettes en 1902 à Angoulême (Rue d'Austerlitz) et propose aux fumeurs son papier à cigarettes présenté sous boîte métallique, le "Zed" et d'autres marques telles que "Tokio" ou "Auto". E Broussaud est alors associé à Alfred Bonfils fabricant de papier à Entrechaux (Vaucluse).Puis, par son activité de façonnage, il entre en relation avec Eugène Bardou et, lorsque E Bardou éprouva le besoin de se retirer des affaires, il estima que nul n'était plus digne de la replacer que son ami E Broussaud (anthologie de la cigarette publiée en 1949 pour le centenaire de la Société Bardou). De fait, Edouard Broussaud prend la direction de la Société Bardou, Broussaud- Bonfils en 1919. Cette société acquiert la papeterie de St Cybard, les bâtiments du Service des eaux et les anciens abattoirs la même année. La fabrication du papier se fait à Angoulême, sous le direction technique d'André Broussaud (fils d'Edouard) et le façonnage à Perpignan, Eugène Bardou et son fils Joseph assurant la gestion des ateliers.
 

En 1924, la société des papiers à cigarettes "Le Nil Joseph Bardou et Fils" succède à la société Bardou Broussaud Bonfils. Eugène Bardou décède en 1927. L'usine de Perpignan est transférée, en totalité et définitivement, à Angoulême en 1930. Suite à certaines difficultés financières de Jean Lacroix, la société des papiers à cigarettes J. Bardou devient actionnaire de la papeterie de Cothiers en 1932, prend en location l'usine en 1935 et l'achète en 1943, agrandissant ainsi ses capacités de production. Edouard Broussaud a assuré le développement de l'entreprise assisté de ses fils, André pour la fabrication, et Jean qui devient P.D.G en 1941. "E Broussaud, qui devient Président du Tribunal de Commerce d'Angoulême, Administrateur de la Banque de France et Chevalier de la Légion d'Honneur, mourut en octobre 1946 regretté par ses proches, ses ouvriers, ses confrères, ses innombrables amis et tous ceux à qui, au cours d'une vie bien remplie, il avait fait du bien" (historique de la société Bardou et fils, 1949).Le papeterie est reprise par ses fils et gendres (J Doyen et M Durieux) et sera cédée en 1968 aux papeteries Bolloré.
 

A la fin de l'année 1970, la machine à papier de St Cybard cesse de "tourner" et progressivement, les ateliers sont transférés à Cothiers. Mais nous ne saurions occulter le fait que, entre 1919 et 1970, la "grande famille du Nil" a travaillé à la fabrication et au façonnage du papier à cigarettes. En effet, même si les registres restent muets sur certains aspects de la vie de l'usine, ceux-ci nous apportent de nombreuses informations :
 

sur le nombre de salariés de l'entreprise (près de 200 en 1930 dont les 2/3 de femmes, chiffre qui doublera avec l'agrégation de l'usine de Cothiers en 1935),
 

sur les salaires et les avantages sociaux accordés aux employés : crèches, garderies pour les enfants des employés, service médico-social, comité d'entraide, jardin et logement ouvriers, primes et gratifications
 

sur les relations entre les dirigeants et leurs employés qu'ils estiment comme "leur famille", même si cette notion de "famille" pour l'ensemble de ses employés travaillant sous sa direction peut, actuellement, paraître anachronique ou exagérée, elle a été utilisée. A titre d'exemple, dans son "discours" du 2 juillet 1943, Edouard Broussaud explique : "il m'est toujours agréable de vous réunir, vous et surtout vos enfants, une ou deux fois par an à l'occasion des fêtes du Sacré Cœur et de Noël. C'est un réel bonheur pour un patron d'assembler sa grande, très grande famille à laquelle il s'intéresse toujours..."
 

sur les moyens de production : 20 piles et deux machines à papiers à St Cybard pour la fabrication ainsi que bobineuses, filigraneuses, gommeuses et machines à enchevêtrer pour la transformation et le façonnage,
 

sur les produits fabriqués : papiers à cigarettes, bien sûr (plus d'une vingtaine de modèle ou de marques de cahiers différents), mais aussi papier "bille", papier "serpente" pour doublures d'enveloppes, papier "copie de lettres" papier mousseline, etc...
 

sur l'ensemble du marché : production vendue en France, dans les colonies de l'époque (Algérie, Madagascar, La Réunion, Afrique Equatoriale, Ile Maurice etc.) et dans de nombreux pays étrangers des cinq continents : Portugal, Brésil, Canada, Norvège, Cambodge, Australie, Moyen-Orient, etc.
 

sur les "festivités" du centenaire des papeteries, le 7 mai 1949, qui donnèrent lieu à un banquet de plus de 700 couverts où étaient conviés tous les employés et de nombreuses personnalités de l'industrie de la vie politique locale et nationale.
 

Monsieur Peaucelle clôt provisoirement ce chapitre en ces termes : "cependant, le but de cette rétrospective n'est pas "monographique" et nous développerons ces différents aspects d'ordre économique voire socioculturel à l'occasion de prochaines expositions et de prochaines publications en "redonnant vie" aux documents d'archives et en donnant la parole aux témoins de cette "grande famille" du Nil.
 

"Les fumées du Nil" ont été imprimées en 1988. Depuis, nombre d'expositions ont eu lieu au "Nil". L'auteur produit ses recherches. En lui adressant notre vive reconnaissance pour nous avoir permis de reproduire une partie de son excellent travail, nous lui disons le plaisir que nous avons eu à nous plonger dans la vie ouvrière de nos parents et grands-parents. Son œuvre participe à la mémoire industrielle de St Cybard.

 

Les cent ans du Nil.
Vue de l'usine depuis le pont de Saint Cybard.

Les cent ans du Nil.Décoration du hall d'accueil

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Last Update : donderdag 10 januari 2008 13:51:36